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- Source : Campus Sanofi
- 1 déc. 2025
La Gazette de la BPCO (Bronchopneumopathie chronique obstructive) : Facteurs de risque

Identifier les patients à risque dans la BPCO
Propos recueillis auprès du Dr Lucile Regard (hôpital Cochin, Paris)
Chez les patients présentant une bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), il n’est pas toujours facile de définir le non-contrôle de la maladie pour ensuite ajuster la prise en charge. Les 3 publications que nous avons sélectionnées apportent certains éléments de réponse à cette problématique.
Nordon C et al. Characteristics and outcomes of people with COPD who experience exacerbations while on inhaled triple therapy: results of the SIRIUS I cohort study in the US (2015-2019). Int J Chron Obstruct Pulmon Dis 2025;20:1851-64.
Malgré une prise en charge par trithérapie inhalée adéquate, certains patients atteints de BPCO restent exacerbateurs.
C. Nordon et al. ont utilisé SIRIUS I, une cohorte rétrospective construite à partir de la base de données américaine Optum Market Clarity entre 2015 et 2019, qui combine des données de remboursement et de délivrance pharmaceutique avec les dossiers médicaux électroniques. 4 920 patients ont été inclus selon les critères suivants : âge ≥ 40 ans, diagnostic de BPCO (ICD-9/10), au moins une dispensation de trithérapie inhalée durant une période de 12 mois et ≥ 2 exacerbations modérées ou ≥ 1 sévère pendant cette période. Les analyses ont été stratifiées selon le statut tabagique, donnée disponible seulement chez un tiers des patients, ce qui a limité l'interprétation de cette dimension. Cette cohorte était jeune, avec un âge moyen de 62,3 ans, à prédominance féminine (60,9 % de femmes), et près de 1 patient sur 2 présentait un diagnostic d'asthme associé. Les comorbidités cardiovasculaires étaient fréquentes (hypertension 92,7 %, cardiopathie ischémique 52,1 %, insuffisance cardiaque 40,1 %). La plupart des patients avaient reçu des antibiotiques (92,8 %) et/ou des corticoïdes oraux (89,6 %) dans l'année précédant l'inclusion, et ce, malgré la trithérapie inhalée. Pendant la période de suivi de 21,2 mois (DS : 12,4), 71,8 % des patients de la cohorte ont présenté au moins 1 exacerbation, quelle que soit sa sévérité (IR : 108,2 [IC95 : 104,7-111,8] pour 100 personnes-années), 64,2 % au moins 1 exacerbation modérée (IR : 83,4 [IC95 : 80,5-86,4] pour 100 personnes-années) et 32,3 % au moins 1 exacerbation sévère (IR : 23,8 [IC95 : 22,6-25,0] pour 100 personnes-années).
La mortalité globale atteignait 13,9 % sur la période (IR : 8,0 [IC95 : 7,4-8,6] pour 100 personnes-années) et était plus élevée chez les anciens fumeurs que chez les fumeurs actifs.
Les coûts de santé restaient considérables, avec une dépense annuelle moyenne d'environ 63 000 dollars par patient, dont plus de 40 % directement liés à la BPCO, et un recours massif aux soins (près des deux tiers des patients se sont présentés au moins une fois aux urgences et un tiers a nécessité au moins une hospitalisation en 1 an).
Ces données de vie réelle confirment qu'un nombre important de patients restent insuffisamment contrôlés sous trithérapie, avec une morbimortalité et un coût élevés. Elles renforcent la nécessité d'approches personnalisées, intégrant l'évaluation des comorbidités et des "traits traitables", afin de mieux cibler les patients susceptibles de bénéficier d'un ajustement thérapeutique.
Baraldi F et al. Blood eosinophil count stability in COPD and the eosinophilic exacerbator phenotype. Am J Respir Crit Care Med 2025;211(5):870-2.
L'éosinophilie sanguine est aujourd'hui reconnue comme un biomarqueur de la BPCO, utile pour guider certaines décisions thérapeutiques. La question de sa stabilité dans le temps et de son lien avec les exacerbations a été explorée dans cette étude prospective réalisée à partir de la cohorte EXCEL (London COPD Exacerbation Cohort).
Cent patients atteints de BPCO, ayant une obstruction des voies aériennes non réversible, une consommation tabagique de ≥ 10 paquets-années, mais aucune autre pathologie pulmonaire concomitante ont été inclus dans l'étude. Chaque patient a bénéficié des 4 visites annuelles programmées pendant les phases stables de la maladie, ainsi que de visites supplémentaires lors d'exacerbations, ces dernières étant réalisées dans les 48 heures suivant l'apparition des symptômes et avant toute instauration de traitement. Le seuil de BEC (blood eosinophil count) de 300 cellules/μL a permis de définir 3 groupes à l'état stable :
- éosinophilique persistant, défini par ≥ 3 visites avec un BEC ≥ 300/μL ;
- éosinophilique intermittent, défini par 1 ou 2 visites avec un BEC ≥ 300/ μL ;
- jamais éosinophilique, se distinguant par l'absence de BEC ≥ 300/μL.
Enfin, au sein de chaque groupe, un sous-groupe d'"exacerbateurs éosinophiliques" a été identifié en cas d'exacerbation avec BEC ≥ 300/μL au cours de l'étude.
Au terme du suivi, 18 % des patients étaient éosinophiliques persistants, 29 % intermittents et 53 % jamais éosinophiliques. Cette classification était loin d'être stable : une seule mesure aurait conduit à méconnaître l'éosinophilie persistante chez 7 à près de 30 % des patients selon le moment du prélèvement. Sur le plan clinique, respectivement 89 %, 51 % et 26 % des patients de ces 3 groupes avaient subi au moins 1 exacerbation éosinophilique (figure).
Les exacerbateurs éosinophiliques présentaient un score CAT (COPD assessment test) moyen plus élevé (+2,82 points) ainsi qu'un risque d'exacerbations accru de 60 % par rapport aux non-éosinophiliques. En outre, un taux d'éosinophiles ≥ 300/μL dès la 1re exacerbation était associé à un nombre ultérieur d'exacerbations significativement plus élevé (4,1 versus 3,0 par an ; p = 0,03).
En pratique, l'évaluation répétée du taux d'éosinophiles en phase stable et en exacerbation s'avère essentielle : une mesure isolée peut conduire à une classification erronée. L'éosinophilie sanguine reste un biomarqueur central de la BPCO non contrôlée, utile pour guider l'usage des corticoïdes inhalés.

Wan E et al. Airway mucus plugs on chest computed tomography are associated with exacerbations in COPD. Am J Respir Care Med 2024;211(5):814-22.
Les bouchons muqueux (BM), bien décrits dans l'asthme, sont désormais étudiés dans la BPCO grâce à l'imagerie. L'objectif de cette étude était de déterminer si leur présence sur le scanner thoracique augmente le risque d'exacerbations et si leur détection peut contribuer à mieux apprécier le contrôle de la maladie.
Deux grandes cohortes indépendantes (COPDGene, n = 3 250, et ECLIPSE, n = 1 716) de fumeurs et d'anciens fumeurs atteints de BPCO de grade GOLD II-IV ont bénéficié d'un scanner thoracique, relu à l'aveugle des données cliniques, afin de quantifier les BM dans chaque segment bronchopulmonaire. Le critère d'évaluation principal était le nombre total d'exacerbations modérées à sévères, définies par une aggravation des symptômes respiratoires (toux, expectorations, dyspnée) nécessitant un traitement par corticoïdes systémiques et/ou antibiotiques. Le suivi médian était de 8,6 ans dans COPDGene et de 3 ans dans ECLIPSE.
Les BM étaient fréquemment observés, chez 44,4 % des patients dans la cohorte COPDGene et 46,0 % dans ECLIPSE. Dans les 2 cohortes, le risque d'exacerbations modérées à sévères augmentait de manière significative avec le nombre de segments obstrués : RR ajusté de 1,06-1,07 pour 1 à 2 segments versus 0 et de 1,12 (ECLIPSE) à 1,15 (COPDGene) pour plus de 3 segments versus 0. Pour les exacerbations sévères, les RR ajustés étaient de 1,05 à 1,09 (COPDGene) et de 1,17 à 1,37 (ECLIPSE) selon la charge en BM (tableau).
Ainsi, la présence de BM visualisables au scanner thoracique pourrait refléter un phénotype de muco-obstruction associé à une majoration du risque d'exacerbations via des mécanismes d'inflammation locale. Chez un patient atteint de BPCO non contrôlé, la quantification radiologique des BM permettrait de mieux stratifier le risque et de cibler des interventions thérapeutiques favorisant la clairance des voies aériennes. Intégrer ce marqueur d'imagerie dans l'approche par "traits traitables" constitue une étape vers une prise en charge plus individualisée du patient atteint de BPCO.
Tableau. Association entre le nombre de boutons muqueux et le risque d'exacerbation.
| Cohorte COPDGene | Cohorte ECLIPSE | |||||
| 0 | 1-2 | ≥ 3 | 0 | 1-2 | ≥ 3 | |
| Nombre de patients | 1,808 | 753 | 689 | 926 | 373 | 417 |
| Exacerbations aiguës, modérées à sévères | Réf. | 1,070 (1,048-1,093) | 1,145 (1,098-1,195) | Réf. | 1,056 (1,019-1,094) | 1,115 (1,039-1,197) |
| Exacerbations aiguës sévères | Réf. | 1,045 (1,008-1,084) | 1,092 (1,016-1,175) | Réf. | 1,169 (1,072-1,273) | 1,365 (1,15-1,622) |
COPDGene: Genetic Epidemiology of COPD ; ECLIPSE: Evaluation of COPD Longitudinally to identify Predictive Surrogate Endpoints.

Références
- Nordon C et al. Characteristics and outcomes of people with COPD who experience exacerbations while on inhaled triple therapy: results of the SIRIUS I cohort study in the US (2015-2019). Int J Chron Obstruct Pulmon Dis 2025;20:1851-64.
- Baraldi F et al. Blood eosinophil count stability in COPD and the eosinophilic exacerbator phenotype. Am J Respir Crit Care Med 2025;211(5):870-2.
- Wan E et al. Airway mucus plugs on chest computed tomography are associated with exacerbations in COPD. Am J Respir Care Med 2024;211(5):814-22.
L. Regard déclare avoir des liens d’intérêts avec Sanofi, AstraZeneca, GSK et Chiesi.
MAT-FR-2504498-12/25