- Article
- Source : Campus Sanofi
- 8 juin 2026
Et si derrière une dysglycémie se cachait un diabète de type 1 ?

En pratique courante, lorsqu'un adulte consulte pour une dysglycémie, le diagnostic d’un pré-diabète de type 2 est souvent privilégié. Bien que le DT2 représente la majorité des cas, les conséquences d'une erreur diagnostique peuvent être graves pour les personnes concernées.3,4
Une erreur diagnostique plus fréquente qu'on ne le pense
Le diabète de type 1 est souvent perçu comme une maladie diagnostiquée principalement chez l'enfant ou le jeune adulte. Or, les données épidémiologiques semblent contredire cette perception. En effet, selon une étude de modélisation épidémiologique, en 2021, 62 % des nouveaux diagnostics de DT1 dans le monde concernaient des adultes de 20 ans et plus.2 Cette réalité impose de ne pas écarter d'emblée l'hypothèse d'un diabète de type 1, même chez l'adulte.
Selon des données internationales, environ 40 % des adultes de plus de 30 ans atteints de DT1 auto-immun seraient initialement diagnostiqués comme ayant un DT2.1
Ces chiffres soulèvent une question pratique fondamentale : quels sont les facteurs qui conduisent à cette mauvaise classification, et comment l'éviter en consultation ?
Pourquoi le DT1 est-il souvent confondu avec le DT2 chez l'adulte ?
Plusieurs facteurs expliquent cette confusion diagnostique, qui sont souvent intriqués dans la pratique clinique quotidienne.
Une prévalence plus faible du DT1 chez l’adulte
La mauvaise classification du DT1 chez l'adulte s'explique en partie par un effet de prévalence : le DT1 ne représente qu'environ 2 % des cas, tandis que l'insulinorésistance, qui augmente avec l'âge, constitue un facteur de risque majeur de DT2 et oriente plus fréquemment le diagnostic vers celui-ci.5,6
Les facteurs métaboliques : une présentation trompeuse
L'obésité et le syndrome métabolique sont classiquement associés au DT2. Pourtant, il est essentiel de souligner que la présence d'une obésité ou d'un surpoids n'exclut pas un DT1 auto-immun.7 Parmi les adultes vivant avec un diabète de type 1, environ 36 % sont en surpoids et 28 % obèses, respectivement. Ainsi, le morphotype seul ne peut suffire à orienter le diagnostic de manière fiable.1
Symptômes au moment de la première consultation
Chez l’adulte, la destruction des cellules β est souvent plus progressive que chez l’enfant, probablement en lien avec une moindre agressivité du processus auto-immun et, possiblement, avec une masse β-cellulaire plus importante. Cette évolution plus graduelle se traduit généralement par une hyperglycémie moins marquée au diagnostic, un risque réduit, sans être nul, d’acidocétose diabétique (ACD) et des concentrations de peptide C plus élevées.6,8
Cette évolution insidieuse peut masquer pendant plusieurs mois, voire années, la nature auto-immune du diabète, renforçant à tort l'hypothèse d'un DT2.
La dysglycémie : un signal d'alerte à ne pas banaliser
Le diabète de type 1 (DT1) évolue selon plusieurs stades précliniques bien caractérisés, avant l’apparition des symptômes cliniques.9,10
La dysglycémie définie notamment par une glycémie à jeun comprise entre 1,10 et 1,25 g/L (6,1–6,9 mmol/L) ou une HbA1c entre 5,7 et 6,4 % peut correspondre à un stade préclinique du DT1. Celui-ci peut être confirmé par la présence d’au moins deux auto-anticorps dirigés contre les cellules bêta pancréatiques.
Il est crucial de savoir reconnaître ces stades précliniques, car ils sont associés à une évolution certaine vers un diabète clinique. Ainsi, une dysglycémie chez une personne par ailleurs asymptomatique ne doit pas faire exclure la possibilité d’un DT1.
DT1 et DT2 : deux maladies fondamentalement différentes
Si le DT1 et le DT2 partagent une anomalie commune de la glycémie, leurs causes et leur physiopathologie sont différentes.1,3,4,6,9,11,13
|
|
DIABÈTE DE TYPE 1 (DT1) |
DIABÈTE DE TYPE 2 (DT2) |
|---|---|---|
| PHYSIOPATHOLOGIE | Destruction auto-immune des cellules bêta pancréatiques | Insulinorésistance + dysfonction des cellules bêta |
| FACTEURS DE RISQUE | Gènes HLA, antécédents familiaux de DT2, autres maladies auto immunes (maladie cœliaque, Hashimoto, Graves, etc) | Âge, obésité, sédentarité, syndrome métabolique, antécédents familiaux |
Caractéristiques cliniques et biologiques au diagnostic14 :
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CARACTÉRISTIQUES GÉNÉRALEMENT OBSERVÉES |
DT1 CLASSIQUE DÉBUTANT CHEZ LES JEUNES |
DT1 CLASSIQUE DÉBUTANT À L'ÂGE ADULTE |
DT2 CONFIRMÉ |
|---|---|---|---|
| ÂGE AU DÉBUT | < 20 | > 20 | Adultes |
| RISQUE D'ACD | Élevé | De élevé à moins élevé | Faible |
| GLYCÉMIE INITIALE | Élevée | Modérément élevée | Normale |
| IMC | Insuffisance pondérale ou normal | De normal à surpoids | De normal à obèse |
| PEPTIDE C AU DIAGNOSTIC | Faible ou négatif | Faible ou négatif | Positif |
| DÉCLIN DU PEPTIDE | Rapide | Moins rapide | Lent |
| AUTOANTICORPS | Positif | Positif | Négatif |
Une réalité à connaître :
Chez les adultes récemment diagnostiqués avec un DT2, jusqu'à 20% des moins de 35 ans et 7% des 35-44 ans présentent des auto-anticorps des îlots (GAD, IA-2, IAA, ZnT8), suggérant qu'ils pourraient en réalité avoir un DT1.15
Les conséquences d'un retard diagnostique
Un diagnostic erroné ou tardif de DT1 n'est pas sans conséquences. La plus grave d'entre elles est l'acidocétose, complication aiguë potentiellement fatale qui peut survenir lorsqu'une personne vivant avec un DT1 est traitée à tort comme patient vivant avec un DT2, c'est-à-dire sans insulinothérapie alors que celle-ci devient vitale.
À retenir : les enjeux d'un diagnostic différentiel
Un retard de diagnostic augmente de 18 % le risque d'ACD, complication potentiellement fatale.3
L'ACD peut entraîner des séquelles à long terme : troubles cognitifs, atteintes cérébrales, complications rénales, et altération durable du contrôle glycémique.4
Le DT1 est associé à une réduction de l'espérance de vie de 8 ans, contre 3 ans pour le DT2, soulignant l'importance d'une prise en charge adaptée dès le diagnostic.3
En France, 58 % des décès de personnes vivant avec un DT1 âgées de 1 à 14 ans sont liés à l'ACD.9
À l'inverse, un diagnostic correct offre des bénéfices cliniques concrets : il permet d'initier l'insulinothérapie au moment opportun, de limiter le risque d'acidocétose, de préserver la qualité de vie en réduisant les délais de prise en charge, et finalement de renforcer la relation de confiance avec le médecin.4
Ce dernier point ne doit pas être sous-estimé : le témoignage de Veerle, personne vivant avec un DT1 qui a attendu 6 ans pour obtenir le bon diagnostic, l'illustre avec clarté « Ce nouveau diagnostic a été un choc, mais il m'a permis d'obtenir enfin une prise en charge adaptée. »
Quand orienter vers un spécialiste ?
Le Guide du parcours de soins du patient adulte vivant avec un DT2, publié par la HAS en 2025, rappelle que le DT2 est classiquement associé au syndrome métabolique, au surpoids ou à l'obésité, aux antécédents familiaux et aux antécédents obstétricaux (diabète gestationnel, macrosomie).16
Toutefois, en cas de présentation atypique, il convient d'évoquer un autre type de diabète : DT1, diabète monogénique (MODY), ou diabète secondaire (pancréatopathies, cancer du pancréas, endocrinopathies, hémochromatose).16
Signes d'alerte devant faire évoquer un autre type de diabète16 :
- Âge < 40 ans (DT1/LADA)
- Suspicion de MODY : âge < 30 ans avec atteinte familiale sur 3 générations, dont au moins un membre de la famille diagnostiqué avant 25 ans
- Absence de surpoids (IMC < 25 kg/m²), sauf chez les personnes > 80 ans
- Amaigrissement ou altération de l'état général
- Hyperglycémie inaugurale sévère avec symptômes
En présence de ces signes d'alerte, le recours à un endocrinologue est à envisager pour confirmer le diagnostic et adapter la prise en charge.16
D'autres recommandations internationales ou consensus d'experts proposent des outils complémentaires pour identifier les patients à risque de DT1 de mauvaise classification, notamment les critères AABBCC de l'ADA et EASD ou les algorithmes de dépistage développés pour les soins primaires.10,17
Pour le diagnostic différentiel, les caractéristiques qui doivent évoquer un DT2 sont :
- Un IMC élevé associé à des signes d'insulinorésistance (hypertriglycéridémie, HDL abaissé, syndrome métabolique)
- L'absence d'acidocétose au diagnostic, avec une hyperglycémie progressive et modérée
- Une réponse initiale satisfaisante aux traitements non insuliniques
- L'absence de tout antécédent auto-immun personnel ou familial
Ces éléments ne doivent toutefois pas être interprétés isolément : aucun critère pris seul ne permet d'exclure un DT1, et leur valeur discriminante reste limitée.10,17
En résumé
Près de 40 % des adultes de plus de 30 ans vivant avec un DT1 sont initialement diagnostiqués comme DT2 : la confusion diagnostique est fréquente.1
1 nouveau cas de DT1 sur 2 survient chez l'adulte : l'âge seul ne suffit pas à orienter le diagnostic.3
L'obésité ou la présence d’un syndrome métabolique n'excluent pas un DT1 auto-immun.1
Une dysglycémie peut révéler un DT1 dès le stade préclinique (stade 2), avant tous symptomes cliniques.9
Un retard diagnostic augmente de 18% le risque d'acidocétose.3
En cas de doute clinique, une orientation vers un spécialiste est recommandée par la HAS.6
Références
- Manov AE, et al. Unmasking Type 1 Diabetes in Adults: Insights From Two Cases Revealing Misdiagnosis As Type 2 Diabetes, With Emphasis on Autoimmunity and Continuous Glucose Monitoring. Cureus. 2023 Jul 25;15(7):e42459.
- Gregory GA, Robinson TIG, Linklater SE, et al. Global incidence, prevalence, and mortality of type 1 diabetes in 2021 with projection to 2040: a modelling study. Lancet Diabetes Endocrinol. 2022;10(10):741-760.
- The Lancet Regional Health-Europe. Misdiagnosis of type 1 and type 2 diabetes in adults. Lancet Reg Health Eur. 2023:29:100661.
- Tosur M, et al. Inaccurate diagnosis of diabetes type in youth: prevalence, characteristics, and implications. Sci Rep. 2024;14(1):8876.
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- Meier J, et al. Diabetes. 2008; 11;57(6):1584-1594
- Mallone R, et al. Dépistage et prise en charge du diabète de type 1 préclinique, stade 1–2. Prise de position d'experts français. Med Mal Metab (2024). doi:10.1016/j.mmm.2024.06.003
- American Diabetes Association Professional Practice Committee. Diabetes Care. 2025;49(Suppl 1):S27-49.
- Ameli. Symptômes et diagnostic du diabète. Disponible sur https://www.ameli.fr/rouen-elbeuf-dieppe-seine-maritime/assure/sante/themes/diabete-adulte/diabete-symptomes-evolution/diagnostic-diabete. Consulté le 17/09/2025.
- Ameli. Comprendre le diabète de type 1 insulinodépendant. Disponible sur https://www.ameli.fr/rouen-elbeuf-dieppe-seine-maritime/assure/sante/themes/diabete-type-1-enfant-adolescent/comprendre-diabete-enfant-adolescent. Consulté le 17/09/2025
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- Wright EE Jr, Low Wang CC, Novak LM, Shubrook JH. Misclassification of type 1 diabetes as type 2 diabetes in adults: practical guidance for screening and diagnosis for primary care providers. Postgraduate Medicine. 2026;138(4):396-407.
MAT-FR-2601950-06/26