- Ressource
- Source : Campus Sanofi
- 22 juil. 2026
Replay Webconférence
Bonsoir et bienvenue à cette webconférence dédiée aux infections invasives à méningocoques A, C, W et Y, selon Santé Publique France.
On a dénombré 628 cas l'an dernier d'infections invasives à méningocoques, des chiffres à la hausse qui rappellent l'importance de la vaccination.
Et c'est tout l'enjeu de ce programme proposé ce soir par Sanofi, car vous, professionnels de santé, jouez un rôle absolument essentiel dans la prévention de cette pathologie.
Pendant un peu moins d'une heure, nous allons décrypter et donner à comprendre sur les mécanismes qui permettent de mieux prendre en charge cette maladie.
Tout d'abord, le docteur Samy Taha. Bonjour. Bonjour.
Vous êtes médecin chercheur à l'Institut Pasteur. On parlera notamment avec vous de l'épidémiologie.
Oui, tout à fait.
Pour débuter, Samy Taha, vous pouvez peut-être nous en dire un petit peu plus sur ce qui caractérise exactement ces infections invasives à méningocoque ?
Oui, tout à fait. Et effectivement, merci d'utiliser le terme "d'infection invasive à méningocoque" puisque malheureusement c'est une maladie qui est un peu victime de son nom et qui est souvent confondue avec la seule méningite à méningocoque. Or, en fait, ces infections invasives à méningocoques, elles vont vraiment concerner l'ensemble des infections où l'on retrouve du Neisseria meningitidis - c'est le nom de la bactérie dans le sang. Alors cette bactérie, elle va se transmettre d'un individu à l'autre, d'homme à homme, puisque l'être humain est le seul réservoir connu de cette maladie - de cette bactérie, pardon - et elle va se transmettre donc par les gouttelettes de salive, par la toux. Donc ça nécessite quand même des contacts qui sont rapprochés, assez prolongés dans le temps. Et il faut savoir qu'à chaque instant, environ 10% de la population générale va porter ce Neisseria meningitidis dans le nasopharynx. Et ce taux-là va être beaucoup plus important chez les adolescents et les jeunes adultes. Mais malheureusement, dans certains cas, cette bactérie va passer dans le sang, donnant ces infections invasives qui sont malheureusement assez graves puisqu'elles peuvent être potentiellement fatales dans les 24 h qui suivent l'apparition de ces premiers symptômes-là.
Alors, ces infections invasives à méningocoques, comme d'autres infections à germes plutôt respiratoires, ont connu une forte baisse durant les mesures de distanciation sociale qui ont été prises en 2020. Et malheureusement, à la levée des mesures sanitaires suite à ces mesures qui ont été prises, on a eu un rebond véritablement du nombre de cas puisqu'on est passé d'environ 450-500 cas par an jusqu'en 2019 à, vous le voyez ici, 628 cas sur l'année 2025 sur les chiffres que nous publions au centre de référence avec Santé Publique France, ce qui est un record malheureusement depuis qu'on a intégré toute vaccination en France.
Alors, malheureusement, au-delà de la mortalité qui est très importante de cette maladie, qui est de plus de 12 %, même correctement traitée, on a également des séquelles invalidantes à vie chez près de 40% des patients. On a tendance à associer ces infections invasives à méningocoque ou les méningites aux nourrissons. Est-ce qu'il faut sortir de cette idée reçue ?
Oui, effectivement, c'est une idée reçue qu'il va falloir essayer de casser un petit peu, tant chez la population que chez les professionnels de santé, puisque, comme je l'ai dit, les infections à méningocoque ne sont pas seulement à la méningite. Et ces infections invasives ne touchent pas que le nourrisson. Ce n'est pas qu'une maladie de nourrisson puisque pour ce rebond que j'ai évoqué, dont on a parlé, il a concerné vraiment l'ensemble des tranches d'âge - alors en particulier les nourrissons, mais vraiment l'ensemble des tranches d'âge. Vous voyez ici sur les chiffres qui montrent la répartition des sérogroupes de la maladie par tranche d'âge. On a eu également une modification dans ces sérogroupes qui circulent, puisqu'on va avoir le sérogroupe B qui est resté majoritaire et qui est ici en bleu beaucoup plus important chez les enfants, que ce soit les nourrissons jusqu'à peu près l'adolescence, où là on a vraiment 2/3 des cas qui sont dus à ce sérogroupe-là. Mais on a également l'émergence de sérogroupes qui n'étaient pas majoritaires jusque-là, notamment le sérogroupe W qui émerge chez les moins d'un an, chez les nourrissons, mais également à partir de l'adolescence et de l'âge adulte, et on le voit en vert, et le sérogroupe Y qui, après 60 ans, est vraiment très présent. Donc on a vraiment une modification, un rebond qui a touché toutes ces tranches d'âge-là et des modifications qui ont appelé donc les nouvelles recommandations.
Vous avez un peu levé le voile sur cette information mais pourquoi faut-il spécifiquement vacciner la population adolescente et jeune adulte ?
C'est une très bonne question. C'est vrai que en disant que l'ensemble de la population a vu ce rebond, on pourrait penser qu'il fallait se concentrer sur toute la population. Alors pourquoi les adolescents, les jeunes adultes ? Pour vous le montrer, je vous montre ici une nouvelle figure, donc ici ce sont les chiffres de Santé Publique France des taux d'incidence de la maladie. On voit donc bien qu'il y a trois pics d'incidence : les nourrissons, les moins d'un an, l'autre extrême de la vie, les adultes âgés notamment de plus de 80 ans, et les 15-25 ans dans une moindre mesure. Mais là où c'est très intéressant, c'est ce qu'on a évoqué tout à l'heure, à savoir que le portage dans le nasopharynx de cette bactérie est beaucoup plus important puisque là on est dans plus de 25%, même 30% des adolescents et des jeunes adultes qui le portent ce méningocoque. Alors c'est probablement dû à leur activité sociale qui est plus intense à cet âge-là. On sort, il y a un brassage de population, on a des contacts rapprochés et donc on va être plus exposé à la bactérie, plus la transmettre. Et donc ce véritable réservoir de portage peut devenir un vecteur de transmission.
Et malheureusement, c'est exactement ce qu'on a observé en 2022. Donc lorsqu'il y a eu ce fameux rebond, je vous montre, donc ce sont des chiffres qui sont tirés de nos rapports d'activité du centre de référence à Pasteur, qui montrent en fait le nombre de cas par tranche d'âge jusqu'à 2022, où vous voyez que dès cette année, dès 2022, le rebond, la réaugmentation s'est faite vraiment d'emblée plus haut que le niveau pré-pandémique chez les adolescents et les jeunes adultes. Puis ensuite, dans le reste de la population, à partir de 2023, il y a eu ce fort rebond qui a également dépassé les niveaux pré-pandémiques. Donc on voit vraiment que c'est parti de cette tranche d'âge-là, puis que ça s'est diffusé à l'ensemble de la population.
Pouvez-vous nous expliquer... Eh ben voilà, vous êtes dessus. Pouvez-vous nous expliquer quel est le calendrier vaccinal idéal ?
Oui, voilà, maintenant que je vous ai donné un peu ces enjeux-là sur pourquoi il fallait des nouvelles recommandations, effectivement, on les découvre ici. Donc ici vous avez le calendrier vaccinal 2026 avec notamment un petit encadré sur les méningocoques pour les 2 vaccins, alors on va regarder sous forme de tableau, ce sera un peu plus simple. Chez les nourrissons, on a pour la vaccination ACWY par ce vaccin conjugué qui va venir remplacer le seul méningocoque C qui était proposé jusqu'à maintenant. Donc cette fois-ci, on est à 2 doses, 6 mois et 12 mois. Et pour ce qui est du méningocoque B qui était recommandé en 3 doses depuis avril 2022, il est maintenant obligatoire chez ces nourrissons de moins de 2 ans, avec maintenant un rattrapage transitoire qui est possible jusqu'à la veille des 5 ans et qui est maintenant, ça y est, paru au Journal Officiel et pris en charge. Et pour ce qui est des adolescents, donc vous l'avez compris, c'est un focus très important lorsque l'on parle de prévention vaccinale. Pour le méningocoque, il y a un rappel, et j'insiste sur ce terme de rappel, ce n'est pas un rattrapage pour les adolescents de 11 à 14 ans pour le vaccin ACWY, quels que soient leurs antécédents de vaccination contre les méningocoques, avec un rattrapage de cette dose de rappel possible jusqu'à la veille des 25 ans. Et pour ce qui est du méningocoque B, il peut être proposé entre 15 et 25 ans, enfin jusqu'à la veille des 25 ans, à nouveau pour les adolescents qui le souhaitent. Même si, malgré le fait que ce ne soit pas formellement recommandé, la Haute Autorité de Santé recommande vraiment une augmentation de la couverture vaccinale, notamment au méningocoque B chez les adolescents. Donc c'est vraiment quelque chose que l'on peut quasiment recommander sans problème.
Quels sont les signaux positifs de la vaccination ? Puisqu'on a un peu de recul, notamment sur ce qui s'est produit en Grande-Bretagne, enfin sur ce qui est recommandé en Grande-Bretagne, qui est un peu en avance sur nous.
Oui, tout à fait. Effectivement, en Grande-Bretagne, ça fait depuis 2015, maintenant depuis un peu plus de dix ans, qu'ils vaccinent les préadolescents par le vaccin conjugué ACWY avec des taux de couverture vaccinaux qui sont très importants chez eux. En 2022-2023, ils avaient presque 75 % de couverture vaccinale et ils n'étaient d'ailleurs pas très contents puisque c'était plus bas que les années d'avant où c'était plus de 80 %. Et donc on voit ici sur cette figure qui montre en vert le nombre de cas d'infections invasives à méningocoque en Grande-Bretagne, avec chaque courbe de couleur qui va désigner un sérogroupe. On voit que, à partir de la pandémie, ils ont eu également une diminution. A nouveau un rebond tout comme chez nous mais chez eux vous voyez qu'il est beaucoup moins important et surtout on voit qu'il est quasi exclusivement à méningocoque B. Donc on voit qu'il y a eu un effet de diminution des sérogroupes ACWY chez les adolescents - les 10-14 ans qu'ils vaccinent - mais également par effet de protection indirecte, par diminution de l'acquisition de portage qui est un effet très intéressant de ce vaccin-là. Il va y avoir une baisse dans l'ensemble de la population. On a vraiment un effet parapluie et d'ailleurs petit scoop : pour nous, on commence également à avoir des premiers effets d'un impact de vaccination, notamment sur le méningocoque B chez les enfants de plus de 2 ans que l'on vaccine depuis 2022. Il y a également des tout premiers signaux sur les vaccins ACWY qui sont également obligatoires, comme on l'a dit depuis le 1er janvier 2025. Donc vraiment, on a l'espoir d'avoir une trajectoire aussi stupéfiante avec de tels résultats, mais ça va vraiment demander des efforts pour augmenter la couverture vaccinale, notamment chez les ados.
On nous pose une question ici. Quel est le sérogroupe le plus virulent ou le plus létal ?
Effectivement, quand on parle de la létalité globale de la maladie, on parle souvent d'un peu plus de 12% - correctement traités d'ailleurs - parce qu'en l'absence de traitement, c'est quasi 100% de mortalité malheureusement. Donc même correctement traité, on est en moyenne, tous sérogroupes confondus, à un peu plus de 12%; mais on monte jusqu'à quasiment 20% - un petit peu moins - pour le sérogroupe W, donc un de ceux qui a augmenté, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes, donc ce sont des sérogroupes qui sont assez redoutables et qui sont pourvoyeurs d'infections d'autant plus malheureusement létales.
Malgré ce tableau clinique sombre, on sait que la vaccination en France n'est pas forcément bien acceptée par la population. On se pose toujours la question de comment aborder ce sujet avec son patient.
Oui effectivement c'est vrai - si l'obligation vaccinale a quand même aidé, elle a montré une augmentation des couvertures vaccinales, notamment chez le nourrisson. Chez les adolescents et les jeunes adultes, c'est pas encore trop ça. Et donc effectivement, on a envie de se dire bon, comment je fais pour aborder ça en consultation ou même en ambulatoire à l'officine, puisque maintenant nos collègues pharmaciens peuvent effectuer cette vaccination. Souvent, ce que je conseille, c'est de vraiment profiter de chaque occasion puisqu'en fait les adolescents, les jeunes adultes sont des patients que l'on voit moins, donc il faut vraiment penser à toute occasion quand on les voit. Une maladie intercurrente, renouvellement de contraception, certificat de sport, que ce soit en officine ou au cabinet, de vraiment essayer d'utiliser cette occasion-là pour en parler. Souvent, je préfère moi en parler avec cette population-là, pas de façon frontale : "Attention, c'est très grave, tu vas mourir." Plutôt d'aborder ça sous format en essayant d'adosser ça sur leur projet de vie, parce que souvent à cet âge-là, voilà, on veut voyager, on veut porter le monde sur ses épaules. Donc plutôt essayer d'avoir une approche en disant : "Voilà, tu veux partir, tu veux faire un Erasmus, tu veux profiter de la vie et tu as raison. C'est une maladie qui est rare, mais quand elle arrive, elle est très grave. C'est très difficile d'en guérir. Et donc, est-ce que finalement tu veux pas te protéger ?" "Tu te fais vacciner une fois et tu es tranquille jusqu'au début de ton âge adulte jusqu'à ce que ce soit moins un problème."
Autre question qui nous vient du public : quelle a été la chaîne de contamination dans un cas récemment recensé à Cherbourg ? Est-ce que vous voyez de quoi il s'agit ?
Oui, effectivement, ça a été assez médiatisé ce cas-là. En fait, on a eu peur que ce soit lié à un foyer, ce qu'on appelle une grappe de cas qui a eu lieu en Grande-Bretagne quelques jours avant, puisqu'on a eu plusieurs cas, dont malheureusement chez une jeune femme, un cas mortel. Plusieurs cas même pardon mortels dans une université à Canterbury. Alors on a eu un cas lié à cet événement-là qui n'était pas celui de Cherbourg, mais qui était un jeune homme qui avait séjourné là-bas à l'université, qui était revenu en Île-de-France, qui heureusement a survécu malgré des complications. Ce cas de Cherbourg, en fait, il n'était pas lié à ça et c'était un cas de sérogroupe W. Alors c'est intéressant cette question, j'en profite parce que ça illustre quand même plusieurs choses. Déjà : voilà ce sérogroupe W il est là, il est présent, il est lié à des cas mortels malheureusement, à des drames, donc c'est important de s'en prémunir. L'autre chose, c'est qu'en fait cette jeune femme a priori était en dehors des âges vaccinaux et donc ça illustre l'importance de vacciner, de protéger les adolescents, les jeunes adultes pour avoir l'effet chez eux, mais également pour essayer de déclencher cet effet indirect, cet effet parapluie sur des personnes où la vaccination n'est pas indiquée ou qui ne sont pas en mesure de recevoir cette vaccination.
Merci pour ces premiers éclairages épidémiologiques, Docteur Taha.
MAT-FR-2602490