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QUELLES SONT LES PRINCIPALES ACTUALISATIONS RELATIVES À L’INSULINOTHÉRAPIE DANS LA VERSION 2025 DE LA PRISE DE POSITION DE LA SFD ?

1. Modalités d’introduction, de titration et de suivi de l’insulinothérapie chez les patients DT2

INTRODUCTION ET ÉDUCATION THÉRAPEUTIQUE

La version actualisée de la prise de position de la SFD 2025 s’inscrit dans la continuité de celle publiée en 2023, en réaffirmant les principes fondamentaux suivants :

  • L’introduction de l’insuline basale est encadrée par une phase d’éducation thérapeutique et de co-décision avec le patient. 1
  • Elle repose sur de faibles doses initiales (6 à 10 UI/j ou 0,1 –0,2 UI/kg/j), ajustées selon le profil clinique du patient et le degré d'hyperglycémie, et selon les recommandations propres à la pharmacocinétique de chacune des insulines. 1
  • La majorité des initiations peuvent être effectuées en ambulatoire, avec accompagnement infirmier et outils de télésurveillance si besoin. 1

CHOIX DES INSULINES ET FLEXIBILITE D’ADMINISTRATION

La prise de position de la SFD 2025 confirme la préférence pour les analogues lents 1:

  • A l’initiation d’une insuline basale, privilégier un analogue lent plutôt qu’une insuline intermédiaire (NPH), car ces analogues présentent un risque d’hypoglycémie moindre et une variabilité glycémique plus faible.*

  • Si les insulines basales de 1re génération sont souvent utilisées en 1re intention, d’autres analogues lents de l’insuline ont leur place dans de nombreuses situations individuelles, en initiation ou en remplacement des insulines basales de 1re génération. 
    Ainsi les insulines de 2ème génération seront privilégiées lorsque le risque d’hypoglycémie, notamment nocturne, est accru :

    • Patients âgés / Professions à risque / Antécédents d’hypoglycémie / Mauvaise perception des hypoglycémies / Insuffisance rénale chronique / Irrégularité des repas …

  • Ces insulines de 2ème génération présentent une efficacité et une sécurité d’emploi comparables, avec un profil d’action prolongé, en comparaison aux insulines de 1ère génération.

Dans certains cas, l’insuline basale peut être injectée aussi bien le matin que le soir, en maintenant ensuite l’horaire choisi.1
Une flexibilité de quelques heures, voire plus encore, est possible en fonction de l’insuline. 1

TITRATION ET AUTONOMIE DU PATIENT

La titration repose sur les glycémies à jeun : ajustement tous les 3 jours par incréments de 2 UI ou de 10 % (si > 40 UI/j). 1

Les cibles recommandées sont 1:

  • glycémie à jeun : 0,8 -1,3 g/L,
  • HbA1c < 7 %, à moduler selon l’âge, la durée du diabète, la fragilité et les comorbidités.

L’autonomisation du patient est au cœur de la stratégie : apprentissage de l’autosurveillance glycémique, maîtrise de la titration et accompagnement personnalisé. Les infirmier(e)s de pratique avancée, les patients experts et la télésurveillance soutiennent cette démarche. 1

SUIVI ET OUTILS NUMERIQUES

L'édition 2025 de la prise de position de la SFD intègre pleinement les outils numériques 1 :

  • la mesure en continu du glucose (MCG) est recommandée dès la mise sous insuline,
  • les données de TIR (temps passé dans la cible), TBR (temps en hypoglycémie) et TAR (temps en hyperglycémie) complètent désormais l'HbA1c,
  • la télésurveillance et la télé-expertise permettent un suivi rapproché et une réactivité accrue.

→ Cette digitalisation du suivi permet une optimisation de la sécurité thérapeutique, une meilleure prévention des hypoglycémies et une adaptation du traitement.1

* Selon la HAS, lors de la mise en place prudente et sécure en ambulatoire de l'insulinothérapie, il est recommandé, en adjonction à une monothérapie ou à une bithérapie, de débuter (grade AE) par une injection quotidienne basale (analogues lents de l'insuline, insuline intermédiaire) selon la situation du patient (en particulier, risque d'hypoglycémies nocturnes). 2

2. DT2 et adaptations aux situations particulières

PERSONNES ÂGÉES

Chez les sujets âgés, en situation de fragilité, de dépendance ou de polypathologies, l'initiation de l'insuline est soigneusement individualisée. 1
 


L'édition 2025 de la prise de position de la SFD souligne que pour toutes personnes âgées, qu'elles soient ou non en état de fragilité, compte tenu du risque accru d'hypoglycémie nocturne dans cette population, les insulines de 2ème génération doivent être privilégiées. 1

 Chez les patients âgés « en bonne santé°» ou « vigoureux°° » 1 :

OBJECTIF d'HbA1c

PRISE EN CHARGE

≤ 7%*, en évitant au maximum les hypoglycémies en cas de traitement par sulfamide@, glinide ou insuline&

(≤ 7% selon la HAS 20242) ;

  • Les options thérapeutiques sont identiques à celles des sujets plus jeunes (à l'exception des AR GIP/GLP-1 pour lesquels l'expérience est encore très limitée après 75 ans) - dans le cadre de la décision médicale partagée, prenant en compte les souhaits de la personne et après une information détaillée des avantages et inconvénients de chaque classe
  • Une vigilance particulière est nécessaire vis-à-vis du risque d'hypoglycémie et il est donc préférable de limiter autant que possible l'utilisation des SU et des glinides.
  • Chez les personnes âgées traitées par insuline bénéficiant d'une surveillance par mesure en continu du glucose, les objectifs de temps passé dans la cible 0,70-1,80 g/L peuvent être revus à la hausse (≥ 70%)

Chez les patients âgés « fragiles*/** » 1

OBJECTIF d'HbA1c

PRISE EN CHARGE

≤ 8%, en restant au-dessus de 7 %, en cas de traitement par sulfamidea, glinidea, ou insuline&

(< 8% selon la HAS 20242)

  • L'association de la metformine (si la fonction rénale le permet) et d'un iDPP4 peut être privilégiée en raison de l'excellente tolérance de cette bithérapie, notamment vis-à-vis du risque d'hypoglycémie.
  • En cas d'insuffisance de ce traitement, le recours à une insulinothérapie basale, de préférence avec une injection quotidienne d'un analogue lent de l'insuline, est préconisé.

 Chez les patients âgés « dépendants et/ou à la santé très altérée# » ou « malades## » 1 :

OBJECTIF d'HbA1c

PRISE EN CHARGE

≤ La SFD 2025 simplifie l'objectif en se limitant au taux d'HbA1c et uniquement dans le cadre d'une insulinothérapie :

< 9%, en restant au-dessus de 7,5 %, en cas de traitement par insuline&

(< 9% et/ou glycémies capillaires préprandiales entre 1 et 2 g/| selon la HAS 20242)

  • Les SU, les glinides et les AR GLP-1 doivent être évités au profit des iDPP4 en association avec la metformine si celle-ci n'est pas contre-indiquée et en veillant à adapter la posologie en fonction du niveau de DFG.
  • Dans la version 2025 de la prise de position de la SFD, il est précisé que le recours à une insulinothérapie reste souvent nécessaire, avec une injection quotidienne d'un analogue lent de l'insuline et, si cela est vraiment nécessaire (HbA1c ≥ 9%), à des injections préprandiales d'un analogue rapide. Cette précision constitue un ajout par rapport à la version 2023. L'édition 2025 ajoute également le fait de maintenir une vigilance accrue vis-à-vis du risque d'hypoglycémie, minoré en gardant une HbA1c > 7,5 %.1

° Définition selon la SFD. Les patients âgés en bonne santé sont définis comme des patients bien intégrés socialement et autonomes d'un point de vue décisionnel et fonctionnel, et dont l'espérance de vie est jugée satisfaisante.1
°° Définition selon la HAS. Les patients âgés vigoureux sont définis comme des patients en bon état de santé, indépendants et bien intégrés socialement, c'est-à-dire autonomes d'un point de vue décisionnel et fonctionnel, qui sont assimilables aux adultes plus jeunes. 2
* Une attention particulière sera portée au risque d'hypoglycémie en cas de traitement par sulfamide, glinide ou insuline, avec une sensibilisation de l'impact que le choix de ces traitements aura sur la validité du permis de conduire. 1
@Les sulfamides hypoglycémiants sont contre-indiqués en cas d'insuffisance rénale chronique sévère ou terminale.
&Chez les patients traités par insuline, la surveillance par mesure en continu du glucose permet de dépister les hypoglycémies et contribue à prévenir leur survenue.1
* Définition selon la SFD. Les patients âgés fragiles sont définis comme des patients dont l'état clinique est caractérisé par une diminution des réserves physiologiques, les rendant vulnérables aux stress mineurs ( infection, chute, hospitalisation), à risque de basculer dans la catégorie des « dépendants et/ou à la santé très altérée. 1
** Définition selon la HAS. Les patients âgés fragiles sont définis comme des patients à l'état de santé intermédiaire et à risque de basculer dans la catégorie des malades.
Elles sont décrites comme une population vulnérable, avec des limitations fonctionnelles motrices et cognitives et une baisse des capacités d'adaptation. 2
$Ces valeurs pourront être modulées en fonction du degré de fragilité et de dépendance.
a ll est recommandé d'éviter de prescrire un sulfamide ou un glinide chez les sujets âgés « fragiles » et de ne jamais les utiliser chez les sujets âgés « dépendants ». 1
# Définition selon la SFD et ## définition selon la HAS. Les patients âgés « dépendants et/ou à la santé très altérée » ou « malades » sont définis comme des patients qui ont besoin d'aide pour accomplir les actes essentiels de la vie en raison d'une polypathologie chronique évoluée génératrice de handicaps et/ou d'un isolement social. 1,2

La HAS précise que pour les personnes âgées dites « fragiles » ou « malades », si l'écart à l'objectif est faible (moins de 0,5 % en valeur absolue d'HbA1c), l'absence de traitement médicamenteux peut être envisagée en maintenant une surveillance de l'équilibre glycémique.2

Lorsque les autres traitements anti-hyperglycémiants ne peuvent pas être utilisés ou en cas de déséquilibre aigu (par exemple, épisode infectieux) ou chronique, l'insulinothérapie est recommandée, avec recours éventuel à une tierce personne et surveillance accrue des glycémies capillaires ou du glucose interstitiel.1

De nouvelles modalités de suivi et d'accompagnement, telles que la téléconsultation ou la télésurveillance, peuvent être mises en place (voire privilégiées) lorsqu'elles sont possibles, en accord avec le patient (et/ou son entourage). Leur mise en œuvre dépend de la situation clinique du patient, de sa vulnérabilité éventuelle, ainsi que de tout autre facteur pouvant influencer ce choix, notamment ses capacités d'accès au numérique.1

Il peut parfois être néanmoins nécessaire d'interrompre de façon temporaire ou définitive l'usage de la mesure en continu du glucose et de la télésurveillance associée en cas de difficultés d'utilisation ou de futilité. 1

3. Coordination, économie et impact pratique

COORDINATION INTERPROFESSIONNELLE1

La SFD 2025 formalise la coopération pluridisciplinaire :

  • coordination entre médecins généralistes et diabétologues pour l'initiation et le suivi, implication d'infirmier(e)s de pratique avancée et de patients experts, recours à la télé-expertise pour les ajustements complexes.

→ Cette organisation favorise une meilleure adhésion, un suivi continu et la détection précoce des complications.

DIMENSION ÉCONOMIQUE1

L'évaluation des coûts des traitements ne devrait pas se limiter aux seuls prix des produits, mais devrait considérer l'ensemble des coûts induits (par exemple: nécessité de renforcement de l'ASG, survenue d'hypoglycémies avec leurs diverses conséquences, recours à un(e) infirmier(ère) à domicile, coûts des effets secondaires...).

Des coûts de traitement journalier limités aux seuls coûts des médicaments sont parfois calculés, mais avec des hypothèses variables (de dose, de poids, de répartition entre les présentations des produits) qui s'opposent aux comparaisons directes entre les différentes classes/molécules.

POUR CONCLURE1

→ La prise de position SFD 2025 sur l'insulinothérapie dans le diabète de type 2 s'inscrit dans la continuité de la version 2023 tout en apportant plusieurs évolutions :

  • une intégration renforcée des stratégies individualisées et une attention portée à la personnalisation des prises en charge selon les profils et contextes cliniques.
  • une hiérarchisation raisonnée de la séquence thérapeutique,
  • l'exploitation accrue des innovations technologiques, en particulier la mesure continue du glucose, la télésurveillance et la télé-expertise,
  • la coordination multidisciplinaire entre les professionnels impliqués dans la prise en charge.

 → Ces évolutions offrent aux praticiens un cadre actualisé et des outils décisionnels pour optimiser la gestion du diabète de type 2 à l'ère de la médecine personnalisée.
 

Découvrez autrement la nouvelle prise de position SFD, en 5 questions

AR GLP1: agonistes du récepteur au GLP1 ; ASG : auto-surveillance glycémique ; DFG : débit de filtration glomérulaire ; DT2 : diabète de type 2 ; GLP1 : glucagon-like peptide 1; HAS: Haute Autorité de la Santé ; HbA1c: hémoglobine glyquée ; iDPP4 : inhibiteurs de la dipeptidylpeptidase-4 ; iSGLT2 : inhibiteurs des cotransporteurs sodium-glucose de type 2; j: jour ; MCG : mesure continue du glucose ; NPH : neutral protamine Hagedorn ; SFD: Société Francophone du Diabète ; SU : sulfamides ; UI :unité internationale

Références

1.Darmon P, et al. Prise de position de la Société Francophone du Diabète (SFD) sur les stratégies d'utilisation des traitements de l'hyperglycémie dans le diabète de type 2 - 2025. Med Mal Metab (2025), 10.1016/j.mmm.2025.10.002
2. HAS. Recommander les bonnes pratiques. Stratégie thérapeutique du patient vivant avec un diabète de type 2. Mai 2024.

MAT-FR-2504489-12/25